La publication du rapport Auzannet, consacr au calendrier pluriannuel de ralisation et de financement du projet de Grand Paris Express signe la mort d'une grande ambition.
Ds la premire page du rapport, le ton est donn. Rien n'existe avant la loi de juin 2010. D'un trait de plume, sont rayes les millions d'heures de travail produites entre le 17 septembre 2007, date de l'annonce par le prsident de la Rpublique, Nicolas Sarkozy, d'une vaste consultation internationale associant les meilleures quipes d'urbanisme et d'architectes du monde. Pas une seule fois n'est cite, dans cette introduction, l'existence d'un ministre en charge du Grand Paris qui pendant trois ans a coordonn, sous l'impulsion et la vision de Christian Blanc puis de Maurice Leroy, un gigantesque travail.
L'auteur du rapport, M. Auzannet, assume: il est l pour rpondre une commande politique du nouveau pouvoir socialiste, et une directive claire: le rquilibrage Est-Ouest. Les conclusions sont donc sans appel: toute la boucle de l'Ouest passe la trappe. Avec toutefois une exception: le ministre de la ville (PS) Franois Lamy, prsident de la Communaut d'agglomration du plateau de Saclay, bnficie d'un traitement de faveur spcifique grce une ligne en cul de sac entre Massy et Saclay. On n'est jamais mieux servi que par soi-mme.
C'est--dire que le fondement mme du projet du Grand Paris, le bouclage de l'Ile-de-France par des anneaux concentriques, disparat. Ainsi la disproportion entre la fine analyse des potentiels de dveloppement des ples du Nord (Plaine Commune, Pleyel, Le Bourget, Gonesse, le parc des expositions, Roissy), et l'absence totale d'analyse des ples de la ville nouvelle de Saint-Quentin, du Mantois, de La Dfense (qui fait seulement l'objet d'un surprenant catalogue des lignes dj existantes) est sidrante. Des omissions qui frisent la mauvaise foi, quand par exemple propos du cluster Paris-Saclay, il est totalement fait l'impasse sur le plateau de Satory, qui n'est mme pas cit une fois de tout le rapport, alors que celui-ci est le deuxime ple de dveloppement de l'opration d'intrt national. L'Ouest semble condamn payer et se taire.
Le rapport ne dit pas un seul mot non plus sur l'origine des financements de ce qui reste du mtro du Grand Paris. Le minimum et t pourtant, dans les pages consacres au financement du Grand Paris Express, de s'interroger sur l'origine des fonds et d'tudier les effets du zonage de l'imposition qui s'abat sur les entreprises. Une carte saisissante o l'on voit que la trs large majorit des communes et entreprises bnficiant de ce nouveau transport n'en subiront aucune charge, tant exempte du paiement de ces taxes. A l'inverse, le dpartement des Yvelines qui n'aura aucun bnfice du nouveau mtro se voit infliger, d'une part une hausse considrable du cot de la construction de bureaux par le versement d'une nouvelle redevance, d'autre part l'augmentation spectaculaire de la taxe sur les bureaux paye par les entreprises en fonction des mtres carrs qu'elles occupent. Si l'on rajoute ceci les effets d'une nouvelle prquation au niveau rgional entre les communes, c'est en ralit la fois le moteur de l'initiative des entreprises et de l'investissement des collectivits de l'Ouest que l'on est purement et simplement en train de casser. Des distorsions aberrantes au moment o il nous faut prserver les rares secteurs qui sont encore crateurs d'emplois et qui vont de plus crer de nouveaux dsquilibres entre des zones uniquement de logements et d'autres de bureaux.
Trs surprenante galement, l'absence totale d'analyse des points de saturation actuelle du rseau routier magistral francilien. Elle aurait dmontr de manire vidente que la sursaturation des rseaux de l'A12 et l'A13 justifie elle seule la prise en considration galement de l'Ouest parisien. Pas un mot non plus dans le rapport Auzannet sur l'ambition urbaine, la reconfiguration du tissu des villes autour des gares, l'articulation ville-campagne, des sujets qui constituaient le cur du projet du Grand Paris, tout autant que le projet de mtro.
En conclusion: le rapport Auzannet remplit sans aucun doute sa mission auprs de ses commanditaires et exprime ce qu'ils en attendaient. L'habilet suprme aura t de ne jamais les citer nommment mais par leur seule fonction: le prsident de la Rpublique (mais qui n'existe pour M. Auzannet que depuis 2012), la ministre du logement et de l'galit des territoires. La ficelle est un peu grosse. Il est dommage pour notre pays que monsieur Auzannet n'ait pas pu, comme le fit le M. Gallois dans son rapport, prendre un peu de hauteur et traiter de l'intrt gnral sur toute l'Ile-de-France.
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