mercredi 7 novembre 2012

Lyon : prison ferme pour le père qui avait matraqué le prof - Le Parisien

C'est une simple remontrance faite par un enseignant à une élève qui a déclenché une réaction d'une violence inouïe. Le matin du 9 octobre, Jean-Luc Réocreux, professeur d'éducation physique au lycée de la Duchère à , donne tranquillement ses instructions à une classe de seconde. Myriam, 16 ans, bavarde et ignore le rappel à l'ordre du prof. Pour se faire entendre et lui demander de se retourner, il la tapote avec sa pochette en plastique. La jeune fille n'apprécie pas ce geste, considère avoir été agressée et réclame des excuses. Elle est exclue du .

Vers la fin du cours, Jean-Luc Réocreux voit débarquer dans le gymnase la lycéenne accompagnée de son père qui sort de sa poche une matraque télescopique. Les insultes pleuvent, les coups aussi, à la , au thorax.

Lorsque l'enseignant est à terre, le père de famille continue à coups de pied. Lorsque le professeur se relève, ce sont les coups de poing. Les lycéennes sont terrifiées, elles crient, pleurent. Deux d'entre elles s'avancent vers le prof de gym pour lui porter secours. « Dégage, sinon t'es la suivante », prévient l'agresseur qui tourne les talons en prévenant : « Vous n'avez pas intérêt à parler, ou je vous tue. »

Malgré sa carrure d'athlète, il n'avait pas répliqué

Malgré sa carrure d'athlète et sa condition physique, le prof de gym s'est bien gardé de répliquer. Il a encaissé les coups. « Il a eu la présence d'esprit de ne pas réagir pour protéger sa classe alors qu'il avait les moyens de riposter. Il savait que ça pouvait être dangereux », a relevé dans son réquisitoire la procureur de la République. Jean-Luc Réocreux, 51 ans, est sorti blessé et profondément choqué de cette agression. Il n'a pas repris son travail. Il n'est pas sûr de retourner au lycée lundi prochain. « J'ai récupéré sur le plan physique, mais je suis toujours choqué psychologiquement, a-t-il expliqué au tribunal. Je souffre de migraines, d'insomnies, d'angoisses, pour moi et pour les élèves présents ce jour-là. » Une cellule d'aide psychologique a été ouverte au lycée de la Duchère. Le lendemain de la scène de violence, enseignants, élèves, parents et riverains ont organisé une marche silencieuse pour soutenir l'enseignant.

Dans le box des accusés, Lotfi Gouri, 44 ans, le père de Myriam, qui est placé en détention depuis les faits, a présenté ses excuses, expliqué s'être laissé déborder par la colère lorsqu'il a vu que sa fille pleurait. « Je ne sais pas comment c'est parti, c'est l'instinct. » La procureur a décrit « un comportement de voyou, de délinquant qui rentre dans un lieu protégé ». Pour avoir agressé l'enseignant et menacé de mort les lycéennes, le parent d'élève qui collectionne déjà huit condamnations sur son casier a été condamné hier soir à dix-huit mois de prison ferme.

Pour sa défense, son avocat, Me Sébastien Guérault, a expliqué que Lotfi Gouri souffrait d'une « névrose de guerre » depuis qu'il a effectué trois ans de service militaire pendant la guerre civile en Algérie.


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