L'éditorialiste, qui n'est pas plus convaincu par l'hypothèse d'un règlement de compte au sein du PKK, penche plutôt pour l'implication dans ce triple assassinat de services de renseignement de pays avec lesquels la Turquie entretient de mauvaises relations : "Nous sommes en guerre froide avec l'Iran [à cause de la crise syrienne et de l'installation de missiles anti-missiles Patriot en Turquie], nous nous sommes gravement impliqués dans le bourbier politique irakien et nous avons pris parti pour un changement de régime à Damas. Dans ces conditions, il ne faut pas s'attendre à ce que ces régimes regardent sans rien faire un processus qui doit mener à une résolution de la question kurde en Turquie".
Kurtulus Tayyiz, journaliste du quotidien Taraf, basé à Diyarbakir, la grande ville kurde du Sud-Est de la Turquie, et spécialisé sur la mouvance kurde, ne pense pas non plus qu'il s'agisse d'un règlement de compte interne au PKK. "Il y a certes eu dans l'histoire du PKK des cadres importants du parti qui ont été exécutés, mais il s'agissait alors de personnes qui avaient quitté l'organisation ou qui avait déjà été arrêtées par celle-ci. J'imagine donc mal que quelqu'un comme Sakine Cansiz [l'une des trois victimes, figure historique du parti], très appréciée par la base, ait pu être assassinée sur ordre du parti en plein cur d'une capitale européenne".
"Si ce triple meurtre avait pour but de saboter le processus de discussions entre l'Etat turc et le PKK, celui-ci ne semble pas atteint", affirme Amberin Zaman, journaliste du quotidien Habertürk, et aussi correspondante de The Economist en Turquie. "En effet, les réactions tant du Premier ministre turc Erdogan, que de la direction militaire du PKK [basée dans les monts Kandil dans le nord de l'Irak] et du BDP [Parti pour la paix et la démocratie, sorte de vitrine légale du PKK] sont restées jusqu'à maintenant assez mesurées". Amberin Zaman avait rencontré Sakine Cansiz en 1994 lors d'un reportage dans le nord de l'Irak et avait été impressionnée par sa forte personnalité.
"Le gouvernement turc craint que les obsèques de ces trois femmes prévues prochainement à Diyarbakir, et réclamées par les familles, ne se transforment en une énorme manifestation kurde pro-PKK qui mettrait l'AKP en difficulté vis-à-vis de son électorat turc à qui il doit encore faire accepter le processus de dialogue avec le PKK", conclut Asli Aydintasbas, éditorialiste de Milliyet.
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